Une forêt pousse. Quelques arbrisseaux, frêles et ignorés, s’épanouissent dans le calme silence d’un lieu reculé.

La forêt pousse. Les arbres ont bien grandi. Leur tronc, fort déjà, les projette vers les cieux. Chaque arbre a son domaine naturel. Ses voisins le protègent du vent, leurs racines participent à affermir la terre. Si l’un d’entre eux faiblit, les autres le nourrissent jusqu’à ce qu’il se rétablisse.

La forêt est établie maintenant. Ses racines sont profondes. Une rumeur court parmi les cîmes. Les bûcherons ont découvert la forêt et comptent bien s’arroger un empire sur ce domaine. Les arbres, en silence, continuent de pousser.

Les premiers coups de hâche retentissent. La forêt frissone mais tient bon. Pour chaque arbre qui tombe, dix repoussent dans la lumière ainsi dégagée. Les racines vont si loin dans la terre qu’elles échappent à l’emprise du fer et du feu.

N’en déplaise aux exploitants du frêne et aux érecteurs de bois sacré1, la forêt est à l’abri de leur stylet.


  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Laluque#Toponymie ↩︎